Le redressement financier du Club Africain a été salué par ses supporters et observateurs : en l’espace d’un exercice, le club est passé d’un déficit de –6,3 millions de dinars à un bénéfice de +2,4 millions. Une performance rare dans le football tunisien, où l’équilibre budgétaire reste l’exception plus que la règle.
Mais derrière cette embellie se dessine une autre réalité, plus préoccupante : l’économie du club repose avant tout sur le sponsoring et les droits télévisés. Une dépendance forte, qui fragilise la pérennité du modèle financier.
Rapport financier Club Africain; Des revenus en forte croissance… mais déséquilibrés
Avec 30,6 millions de dinars de revenus en 2024/2025, le Club Africain a quasiment doublé ses recettes par rapport à l’exercice précédent (16,2 M DT). Une progression impressionnante de +88,9 % en un an.
Cependant, une analyse plus fine des sources de revenus montre que cette croissance repose sur un pilier unique : le sponsoring, la publicité et les droits TV, qui représentent à eux seuls 18,56 M DT, soit 60,6 % du budget global.
En comparaison, la billetterie et les activités sportives (académies, autres sections) rapportent 6,04 M DT (19,7 % du total). Les subventions publiques, elles, ne dépassent pas 3,23 M DT, soit à peine 10,5 %. Enfin, les recettes annexes issues de la boutique et d’autres produits ne pèsent que 5,3 %.
Concrètement, cela signifie que sans sponsors et droits TV, le club verrait ses revenus chuter de plus de la moitié.
Une dépendance risquée
La structure des charges aggrave cette fragilité. Sur 28,2 M DT de dépenses, la masse salariale atteint 20,3 M DT, soit près de 72 % du budget.
Un chiffre qui place le club dans une zone de vulnérabilité extrême : si les sponsors tardent à payer, si un contrat majeur n’est pas renouvelé ou si les droits TV connaissent un retard de versement, l’équilibre financier durement acquis pourrait rapidement s’effondrer.
Ce modèle « sous perfusion » n’est pas propre au Club Africain. Il reflète un schéma récurrent dans le football tunisien, où la plupart des clubs vivent au rythme des sponsors et des diffuseurs, sans parvenir à diversifier durablement leurs revenus.
Rapport financier Club Africain; Le paradoxe des supporters
Le Club Africain est reconnu pour sa ferveur populaire exceptionnelle, avec des dizaines de milliers de fidèles prêts à soutenir leur équipe dans les bons comme dans les mauvais moments. Pourtant, cette passion ne se traduit pas pleinement dans les comptes.
En 2024/2025, la billetterie n’a rapporté que 3,47 M DT, dont 538,9 k DT générés par un seul match, le derby contre l’Espérance de Tunis. Autrement dit, un événement isolé pèse près de 15 % de l’ensemble des recettes guichets de la saison.
Ce chiffre révèle un paradoxe : malgré un potentiel colossal, le club ne parvient pas encore à transformer l’énergie de ses supporters en une source de revenus stable et récurrente.
Le Club Africain a réussi son redressement financier, mais son modèle reste fragile. La dépendance aux sponsors et aux droits TV expose le club aux aléas économiques et contractuels.
À terme, le véritable défi sera de diversifier les ressources et de mieux exploiter le potentiel unique de sa base de supporters, capable de transformer la passion en valeur économique durable.
Rendez-vous dans l’Épisode 03 : “Billetterie et affluence – une puissance populaire sous-exploitée”.
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