Entre magouilles et mauvaise gestion, la CAF est au bord du gouffre financier.

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« La CAF est entrée dans un cycle de déficit structurel qui atteindra environ 6 millions de dollars à la fin de l’année (2019). Si ce déficit n’est pas corrigé, cela conduira à la consommation des réserves financières et le déficit atteindra les 120 millions de dollars dans dix ans », avait prévenu le président de la Commission des finances de la CAF, le Marocain Fouzi Lekjaa, lors de la réunion du comité en juillet 2019 après la présentation du premier bilan déficitaire de l’histoire de la confédération.

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Fouzi Lekjaa, Président du comité des Finances – CAF

Le cabinet britannique PwC a effectué, en septembre et octobre 2019, un audit auprès de la Confédération africaine de Football (CAF), portant sur la période 2015-2019. Le rapport émis après cet audit n’était pas du tout tendre pour l’instance dirigeante du football africain. En effet, il avait mis la lumière sur les pratiques douteuses et la mauvaise gestion qui ont eu lieu durant la période de la présidence de Mr. Ahmad Ahmad ; avec notamment des opérations financières douteuses, virements en Estonie ou en Pologne, paiements en liquide, subventions de la Fifa difficiles ou impossibles à tracer, problèmes de gouvernance…

Cette mauvaise gestion, ajoutée à la crise sanitaire du COVID, n’ont fait qu’empirer une situation financière déjà très fragile.

En effet, le rapport d’audit des états financiers couvrant la période allant du 1er juillet 2020 au 30 Juin 2021, a été présenté à la 44ème assemblée générale de la CAF tenue le 10 Aout 2022 à Arusha, Tanzanie. Et les chiffres présentés sont affligeants. A commencer par une perte globale qui a été quadruplée en une année atteignant 44.7 millions de dollars.

Les revenus commerciaux générés par les compétitions n’ont presque pas augmenté et avoisinent les 79 millions, contre 76 millions en 2022. Et malgré que la FIFA a largement augmenté son apport qui est passé de 6 millions en 2020 à plus de 22 millions en 2021, les produits de l’années n’ont pas pu couvrir toutes les dépenses annuelles.

Contrairement aux revenus, le total des dépenses a augmenté de 52 millions pour arriver à une somme colossale de 152 millions de dollars. Cette augmentation est principalement due aux subventions COVID versées au pays membres de la CAF (16,2 millions d’euros) et à des provisions de 30 millions destinées au règlement des litiges.

Entre temps, plus de 36 millions de dollars de trésorerie de la CAF se sont volatilisés en une seule année, et les réserves de la CAF ont presque diminué de moitié depuis juin 2020, pour plonger sous les 50 millions de dollars US.

Ce qui est également frappant, c’est le manque de détails de certaines parties essentielles de ces état financiers. On ne trouve nulle part une ventilation des revenus provenant des droits médias, marketing et de diffusion, contrairement aux précédents états financiers de la CAF, qui indiquaient combien chaque compétition de la Caf avait rapporté. Ou encore, les 30 millions que pourrait payer la CAF suite aux litiges qui n’ont pas été détaillés. Cela ne fait que confirmer l’opacité de la CAF en matière d’information financière.

Le contrat avec l’agence Lagardère Sport

En 2016, sous la direction d’Issa Hayatou, la Confédération Africaine de Football (CAF) nouait un contrat d’un montant d’un milliard de dollars avec l’agence Lagardère Sports portant sur les droits médias et marketing du football africain pour la période 2017-2028. Ce qui permettait à la CAF de se projeter sur une période de 12 ans en s’assurant des revenus avoisinant les 100 millions de dollars par an. Ce qui aurait sans doute permis d’éviter cette situation financière catastrophique.

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Arnaud Lagardère, Président du groupe Lagardère, Issa Hayatou, Président de la CAF et Hicham El Amrani, secrétaire général de la CAF. © challenge.ma

Mais en Aout 2019, la secrétaire générale de la Fifa, Fatma Samoura, secondée par certains des plus proches conseillers de Gianni Infantino, était devenue la régente de facto du football africain en août 2019. Et, en novembre 2019, obéissant aux ordres de la Fifa, la CAF a brusquement mis fin d’une manière unilatérale au contrat d’un milliard de dollars US qu’elle avait signé avec le géant des droits médias Lagardère, qui devait être la principale source de revenus de la confédération pour la décennie à venir. Depuis, la CAF et Lagardère Sports s’affrontent par tribunaux interposés.

Les conséquences de cette annulation ont été catastrophiques pour la CAF, comme le montrent ses nouveaux comptes audités. En puisant dans ses réserves de liquidités qui disparaissent rapidement, avec des revenus en baisse, mais en dépensant plus que jamais, la CAF de Patrice Motsepe est quasiment en faillite.

Ce qui peut donc expliquer le manque de détails dans les états financiers est que la CAF était embarrassée, car le contrat Lagardère garantissait un revenu minimum de 72,5 millions de dollars pour la Coupe d’Afrique des Nations 2021, de l’argent dont la CAF pourrait bien avoir besoin maintenant. Aussi, on ne sait pas si le montant qui pourrait être payé est inclus dans les provisions pour litiges.

Le dénouement de l’affaire

Ce feuilleton devrait toucher à son terme. Le 6 décembre 2022, le journaliste de la BBC, Osasu Obayiuwana, révèle en effet que les deux parties ont convenu d’un accord à l’amiable pour régler leur différend. Déposé auprès de la Chambre de commerce internationale à Lausanne, en Suisse, celui-ci stipulerait que l’instance panafricaine doit s’acquitter de 25 millions de dollars auprès de la firme française pour mettre fin au litige. Vu ses difficultés économiques, la CAF devra s’acquitter de ce montant en plusieurs fois.

L’un des projets sur lesquels la CAF parie pour sortir de cette crise est la Superleague des clubs africains. Nous avons appris qu’une délégation composée de membres de la CAF et de la FIFA vont visiter, à partir du 16 Janvier 2023 les structures des clubs susceptibles d’y participer. Cette délégation passera par la Tunisie pour visiter les locaux de l’Espérance Sportive de Tunis. Reste à savoir comment la CAF compte financer un tel projet avec des ressources quasiment inexistantes.

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