Plus-values et manœuvres salariales : un montage financier qui coûte cher à la #Juventus

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Un scandale de plus pour la Juventus : la Cour d’appel fédérale a condamné la Vieille Dame dans l’affaire des plus-values en lui infligeant une pénalité de 15 points. De lourdes peines également pour les dirigeants : 2 ans et demi pour Paratici, 2 ans pour Agnelli et Arrivabene, 1 an et 4 mois pour Cherubini et 8 mois pour Nedved, Garimberti, Vellano, Venier, Hughes, Marilungo et Roncaglio.
Mais pourquoi la Juventus a-t-elle été condamnée ? Et que sont les plus-values dans le football ? Explications.

Paratici X Agnelli Nedved : les responsables de l'affaire. Source @Getty Images
Paratici X Agnelli Nedved : les responsables de l’affaire.  © Getty Images


Pourquoi la Juventus a été aussi lourdement condamnée ?

La motivation est que les plus-values fictives sur les transferts figurant dans les bilans de 2019, 2020 et dans le rapport trimestriel 2021 ont permis à la Juventus de réduire les pertes et non de se recapitaliser, et de faire le Mercato avec des effets avantageux sur les compétitions sportives auxquelles elle a participé au cours de ces saisons. C’est un montage financier qui coûte cher au club italien.

La justice s’est penchée sur une trentaine de transferts dont le plus connu est l’échange Arthur Melo – Miralem Pjanic avec le FC Barcelone en 2020. Le Brésilien était arrivé pour un montant de 72 millions d’euros, contre 60 millions d’euros pour le joueur Bosnien. Autrement dit, la Juventus n’a versé qu’une douzaine de millions d’euros au club Catalan. Quand on connait la qualité des joueurs, on voit clairement que les valeurs évoquées sont largement supérieures à leurs valeurs estimées.

Lors du transfert, le coût d’achat d’Arthur est étalé sous forme d’amortissements sur la durée de son contrat. Mais la plus-value sur la vente peut être immédiatement enregistrée dans les livres comptables. Avec la vente de Miralem Pjanic, la Juventus avait ainsi affiché une belle plus-value de 43 millions d’euros.

L’accusation estime toutefois que la Juve a fixé des valeurs exagérément élevées à certains autres joueurs lors des ventes pour pouvoir accroître la plus-value et réduire artificiellement ses pertes. Le parquet a chiffré à quelque 155 millions d’euros ces plus-values dites “fictives” entre 2018 et 2021.

 

CAMP NOU, BARCELONA, SPAIN – 2020/12/08: Miralem Pjanic of Fc Barcelona (L) and Arthur Henrique Ramos de Oliveira Melo of Juventus Fc (R) battle for the ball during the UEFA Champions League Group G match between Fc Barcelona and Juventus Fc. Juventus Fc wins 3-0 over Fc Barcelona. (Photo by Marco Canoniero/LightRocket via Getty Images)

Qu’est-ce qu’une plus-value dans le football ?

En termes économiques, une plus-value est la différence positive entre deux valeurs d’un actif calculées à des moments différents. Dans le cas du football, il s’agit de la différence entre le prix auquel un joueur est vendu et la valeur comptable qu’il avait au bilan.

Il faut considérer que pour les clubs sportifs, le coût d’un athlète est inscrit au bilan sous la rubrique “droits sportifs différés “. Initialement, elle correspond au prix d’achat, mais celui-ci est étalé sur un nombre d’années égal au nombre d’années du contrat, on parle ici d’amortissement. Par conséquent, la valeur résiduelle au bilan est progressivement réduite d’année en année.

En d’autres termes, un joueur acheté pour 20 millions qui signe un contrat de cinq ans sera amorti sur cinq ans et sa valeur comptable diminuera de 4 millions chaque année.

Si ce joueur, après seulement un an, est vendu pour le même montant, 20 millions, il générera une plus-value de 4 millions dans le bilan, car sa valeur comptable résiduelle sera de 16 millions entre-temps. Il faut noter que la performance sportive du joueur n’affecte pas sa valeur comptable. Ceci explique aussi le recours de Chelsea à la signature de contrats de très longue durée avec ses nouvelles recrues, ce qui lui permettra d’étaler les montants déboursés sur une durée plus longue.

Il existe de nombreuses équipes qui font du commerce de joueurs leur activité principale, même au plus haut niveau. Et qui ont réalisé des plus-values colossales. Il suffit de penser à des clubs comme le Benfica, le FC Porto ou encore l‘Ajax Amsterdam.  Donc, la plus-value en soi n’est pas mauvaise, elle est même bénéfique quand elle est réelle : ces clubs vendent des joueurs après les avoir valorisés et perçoivent la différence avec de l’argent réel. Mais que sont alors les plus-values fictives ?

Le cas des plus-values fictives est différent : il s’agit d’opérations créées avec ingéniosité pour équilibrer les comptes sans déplacer d’argent réel. Mais comment cela est-il possible ?

Le système pratiqué depuis des années consiste en un échange entre deux clubs, ce que l’on appelle la plus-value miroir : on choisit deux joueurs similaires, généralement de qualité moyenne, dont la valeur résiduelle au bilan est très faible, et on combine un échange, ce qui donne aux deux joueurs une valeur supérieure à celle qu’ils auraient sur le marché tout simplement parce qu’elle a été fixée par le club sans prise en compte des conditions existantes sur le marché. En effet, aucune équipe n’aurait acheté Pjanic pour 60 millions d’euros ou Arthur pour 72 millions d’euros.

De cette manière, il n’y a pas de réel mouvement financier, il n’y a pas d’amélioration considérable de l’effectif puisqu’un joueur part et un autre de valeur technique similaire le remplace, mais un résultat positif est généré au bilan. Nous pouvons donc dire que cette plus-value ne donne pas une image réelle de la situation économique et sportive. Ce qui nous amène à qualifier cette plus-value de fictive.

L’inscription d’un joueur pour une valeur gonflée par rapport au prix réel qu’il aurait sur le marché, ne résout pas le problème mais reporte la nécessité de couvrir les pertes. En effet, la plus-value fictive règle les comptes la première saison, certes, mais les années suivantes, elle devra être amortie et générera un nouveau trou dans le bilan, à combler avec de l’argent frais (cessions réelles ou injections de capital par les actionnaires) ou avec d’autres plus-values fictives. Ce qui été le cas de la Juventus qui a connu une augmentation de capital de 300 millions en 2020.

Enfin, La Juventus conteste le fait qu’elle a « porté le chapeau » toute seule alors que les tous les clubs coresponsables ont été acquittées. L’appel du club Italien sera également fondé sur cette inégalité de traitement.


Des enquêtes encore ouvertes

On apprend aussi que la justice italienne n’a pas encore fermé le dossier sur le transfert de Victor Osimhen au Napoli. Aussi, la Juventus devrait faire l’objet d’une autre enquête relative cette fois à la gestion des salaires pendant la période du Covid en 2020. En effet, la Juventus avait annoncé l’accord avec les joueurs et le personnel technique de la première équipe sur la réduction des indemnités pour un montant égal aux mois de mars, avril, mai et juin 2020 avec des effets économiques et financiers positifs pour environ 90 millions d’euros sur l’exercice 2019/2020. Mais en réalité les joueurs n’auraient renoncé qu’à une seule mensualité. Ce qui poussent les enquêteurs, à accuser la Juventus de gonfler les résultats de 68 millions d’euros.

Les mois à venir nous diront si cette affaire constituera ou non le premier épisode d’un nouveau scandale du foot italien.

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