Sponsoring dédié, infrastructures, identité de jeu, réseaux sociaux propres, offres VIP et ambitions internationales : la section handball de l’Espérance Sportive de Tunis amorce une transformation qui dépasse largement le terrain.
SportBusiness.tn a assisté à la conférence de presse organisée par la section handball de l’Espérance Sportive de Tunis, consacrée à la présentation de l’équipe, du nouveau staff technique et surtout des grandes orientations du projet porté par Heykel Megannem.
La première image était peut-être déjà un message.
Pour présenter son équipe et son nouveau staff technique, la section handball de l’Espérance Sportive de Tunis a choisi le format d’une véritable conférence de presse, scénographiée autour d’ écrans LED et d’une présentation structurée.
Un détail en apparence. Mais dans un environnement sportif tunisien où ce niveau de mise en scène reste encore largement réservé au football, le symbole est intéressant.
Car derrière la présentation du nouvel entraîneur, c’est surtout un projet beaucoup plus large qu’a dévoilé Heykel Megannem, responsable de la section handball.
L’ambition affichée : ne plus gérer uniquement une équipe première, mais construire progressivement un véritable écosystème handball au sein de l’Espérance.
Une identité de jeu pour tout le club
Le premier chantier est sportif, mais il touche directement à la construction d’une identité.
L’Espérance souhaite revenir davantage à la formation et, surtout, mettre en place une même philosophie de jeu dans toutes les catégories, des jeunes jusqu’à l’équipe première.
L’idée rappelle les modèles développés par certains des plus grands clubs multisports européens : créer une continuité méthodologique permettant à un joueur formé au club d’intégrer progressivement les catégories supérieures sans devoir changer totalement de référentiel tactique.
Dans l’esprit, la démarche évoque évidemment la philosophie développée historiquement autour du FC Barcelone et de Johan Cruyff : une identité sportive qui appartient au club avant d’appartenir à un entraîneur.
Pour une section handball, cette approche peut devenir un véritable actif à long terme. Elle réduit la dépendance aux cycles de recrutement et permet surtout à la formation de devenir une composante centrale du projet sportif.
Le sponsoring sort du maillot
Mais l’un des éléments les plus intéressants de la conférence se situe ailleurs.
La section handball commence à développer son propre portefeuille de partenaires, avec des entreprises associées à des fonctions très précises du projet.
Joker Ticket Restaurant accompagnera notamment les catégories jeunes à travers la mise à disposition de chèques-restaurant.
Une initiative intéressante parce qu’elle associe directement le partenaire à un sujet de performance souvent peu visible dans le sport tunisien : l’alimentation des jeunes athlètes.
Dans la même logique, Impact Nutrition rejoint le projet autour de la nutrition et de la performance sportive, tandis que ODV+, spécialiste de l’outdoor en Tunisie, intègre également l’écosystème de partenaires de la section.
Cette approche marque une évolution importante.
Au lieu de considérer le sponsoring uniquement comme l’achat d’un emplacement de visibilité, la section semble chercher à créer des territoires d’association entre les besoins du projet sportif et l’activité des marques partenaires.
Nutrition. Jeunes. Performance. Équipement. Expérience.
Une logique beaucoup plus proche du partenariat que du simple affichage de logo.

Un chantier infrastructures
Heykel Megannem a également dévoilé un autre axe structurant : la modernisation des infrastructures consacrées au handball.
Le projet prévoit notamment la création d’une nouvelle salle d’entraînement destinée aux jeunes catégories, ainsi qu’une modernisation de la salle Mohamed Zouaoui.
L’enjeu dépasse là encore la simple rénovation.
Disposer d’infrastructures adaptées permettrait à la section de renforcer simultanément la formation, les conditions de performance de l’équipe première et la qualité de l’expérience proposée aux partenaires.
Dans un modèle sportif moderne, l’infrastructure devient autant un outil sportif qu’un actif commercial.
Une section qui veut devenir son propre média
Autre annonce particulièrement intéressante du point de vue SportBusiness : le handball de l’Espérance disposera de ses propres réseaux sociaux.
Une stratégie déjà utilisée par les grands clubs multisports internationaux.
Le FC Barcelone ou le Paris Saint-Germain ont compris depuis longtemps qu’une section sportive ne doit pas nécessairement dépendre uniquement des comptes généralistes du club pour exister auprès de sa communauté.
Créer des plateformes dédiées permet de produire davantage de contenus, de raconter les joueurs, les jeunes catégories et les coulisses, mais aussi de construire progressivement une audience directement monétisable par la section et ses sponsors.
Pour les partenaires, la différence est importante.
Ils n’achètent plus uniquement quelques secondes d’exposition pendant un match. Ils peuvent être intégrés à une plateforme de contenu fonctionnant toute l’année.
Cartes membres et VIP : commencer à travailler la fan economy
L’autre innovation annoncée concerne directement les supporters.
La section travaille sur le lancement de cartes membres et de cartes VIP spécifiquement consacrées au handball.
Derrière cette initiative apparaît une problématique encore rarement exploitée par les sections sportives tunisiennes : la transformation du supporter en membre actif de l’écosystème économique de la discipline.
Une carte peut devenir progressivement bien davantage qu’un simple accès aux matchs : avantages partenaires, expériences exclusives, rencontres avec les joueurs, merchandising, hospitalité ou contenus dédiés.
Autrement dit, commencer à construire une véritable fan economy autour du handball.
L’international comme prochaine frontière
Enfin, Heykel Megannem ne cache pas l’ambition de replacer l’Espérance sur la scène internationale.
Le club envisage un retour régulier dans les grandes compétitions africaines et arabes, avec à terme l’objectif de retrouver le plus haut niveau mondial des clubs.
L’Espérance connaît déjà cette scène, notamment à travers ses précédentes participations à l’ancienne IHF Super Globe, devenue aujourd’hui l’IHF Men’s Club World Championship.
Des discussions sont également en cours autour de l’organisation de rencontres face à des clubs internationaux de renom.
Au-delà de leur intérêt sportif, ces affiches pourraient devenir de véritables événements : billetterie, hospitalité, sponsoring, contenus et exposition internationale.
Le handball comme laboratoire ?
Pris séparément, chacun de ces projets pourrait apparaître comme une initiative parmi d’autres.
Mais leur combinaison raconte quelque chose de différent.
- Une philosophie sportive commune aux différentes catégories.
- Une politique de formation renforcée.
- Des sponsors propres à la section.
- De nouvelles infrastructures.
- Des médias dédiés.
- Une offre membres et VIP.
- Et une stratégie internationale.
Autrement dit, les briques d’un modèle économique et sportif beaucoup plus structuré.
La conférence de presse à laquelle SportBusiness.tn a participé aura donc peut-être marqué davantage que le début d’une nouvelle saison.
Sous l’impulsion de Heykel Megannem, l’Espérance semble vouloir démontrer qu’une section hors football peut elle aussi construire sa propre marque, développer ses revenus, créer sa communauté et travailler son rayonnement international.
Et dans le sport tunisien, c’est probablement cette évolution-là qui mérite le plus d’être observée.


