Un club emblématique en péril
L’Étoile Sportive du Sahel, véritable institution du football tunisien et africain, traverse une crise financière d’une grande ampleur, comme en témoigne le rapport financier couvrant la période du 1er juillet 2021 au 30 juin 2022. Avec une dette vertigineuse dépassant les 104 millions de dinars, le club se trouve dans une situation critique qui menace son avenir sportif et institutionnel.

Un déficit préoccupant
Lors de l’assemblée générale, le rapport a mis en lumière un déficit global de 10,27 millions de dinars pour l’exercice 2021-2022. Ce déséquilibre s’explique par des revenus limités (16 millions de dinars) face à des charges colossales atteignant 26 millions de dinars.
Certes, la pandémie de COVID-19 a largement contribué à cette chute, notamment à travers la fermeture des stades et la baisse des revenus liés à la billetterie. Mais le club n’a pas su rectifier le tir, continuant à fonctionner avec un mode de gestion coûteux.
Malgré des accords de sponsoring avec Ooredoo et Fly Emirates, les revenus générés restent inférieurs aux attentes, illustrant un problème récurrent dans le football tunisien : la difficulté à diversifier et maximiser les ressources financières dans un contexte économique morose.
Une dette écrasante
Le rapport financier a également révélé un passif de 104,4 millions de dinars, un poids considérable pour l’ESS. Cette dette se divise en trois catégories principales :
- Dettes envers Ridha Charfeddine : 52,78 millions de dinars.
Cela met en évidence une dépendance excessive à l’égard des contributions personnelles de l’ancien président, soulevant des questions sur la viabilité d’un modèle financier basé sur le financement individuel. Ce phénomène n’est pas unique à l’ESS, comme en témoigne la situation du Club Africain avec Slim Riahi, ayant laissé une dette personnelle de 64 millions de dinars. - Dettes envers les joueurs et le staff technique : 25,29 millions de dinars.
Ces arriérés de salaires représentent une source potentielle de conflits internes et exposent le club à des sanctions de la Fédération tunisienne de football, telles que des pénalités ou des déductions de points. - Dettes sociales et fiscales : plus de 13 millions de dinars.
Ces retards aggravent les risques de sanctions de la part des autorités publiques, notamment la CNSS et l’administration fiscale. Cette problématique dépasse largement les frontières de l’Étoile Sportive du Sahel. En effet, en 2022, l’ancien ministre des Affaires sociales avait révélé que les dettes cumulées des clubs de Ligue 1 atteignaient un total de 55 millions de dinars à la fin du deuxième trimestre de l’année. Parmi ces clubs, l’un des participants aux play-offs accumulait à lui seul une dette de 21 millions de dinars, sans que son nom ne soit dévoilé. Cette situation illustre l’ampleur des défis financiers auxquels le football tunisien est confronté, nécessitant une réforme structurelle urgente.
Un impact sur la compétitivité sportive
Les répercussions d’une telle situation financière sont multiples :
- Sanctions de la FIFA : Les arriérés envers les joueurs peuvent entraîner des interdictions de recrutement ou des amendes sévères.
- Investissements limités : Les dettes freinent le développement d’infrastructures modernes, pourtant cruciales pour attirer des sponsors et former les jeunes talents.
- Faiblesse sur le marché des transferts : Avec des ressources réduites, l’ESS perd en attractivité et en compétitivité pour recruter des joueurs de haut niveau.
Les pistes pour sortir de la crise
Pour envisager un redressement, le club doit impérativement adopter une approche financière rigoureuse. Dans l’immédiat, Renégocier les dettes est l’étape la plus importante en
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- Engageant un dialogue avec les anciens joueurs et le staff pour étaler ou réduire les arriérés, afin de limiter les risques de sanctions sportives.
- Trouvant un accord avec le principal créancier, Ridha Charfeddine, en transformant une partie de la dette en un contrat de sponsoring à long terme.
Une problématique nationale
La crise de l’Étoile Sportive du Sahel reflète une tendance généralisée dans le football tunisien. Trop de clubs en Ligue 1, un modèle économique sous perfusion, une gouvernance opaque et des infrastructures limitées… Ces faiblesses structurelles exigent une réforme profonde et urgente du système.
Le football tunisien peut-il encore se permettre de vivre à crédit ? La situation de l’ESS doit servir de signal d’alarme pour envisager un changement de paradigme.



















