Après le Mondial, la FTF prévient : « des années sombres et difficiles » se profilent

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23 millions de dinars générés grâce à la Coupe du monde, une dette ramenée de près de 16 millions à environ 4,5 millions de dinars, mais une inquiétude qui demeure. Pour sa première prise de parole après la débâcle tunisienne au Mondial 2026, la Fédération tunisienne de football a surtout envoyé un avertissement : sur le plan financier, les prochaines années pourraient être beaucoup plus compliquées.

Invité de l’émission Recap Sport sur Mosaïque FM, au micro d’Ahmed Adala, Belhassen Bessamra, membre du bureau fédéral et porte-parole de la FTF, a livré plusieurs chiffres sur la situation économique de la Fédération, le coût de la sélection nationale, les créances auprès des clubs, les contrats de sponsoring ou encore l’avenir de l’équipementier des Aigles de Carthage.

Mais au-delà des montants annoncés, une phrase résume à elle seule l’état d’esprit au sein de l’instance fédérale : selon Bessamra, « des années sombres et difficiles » attendent la FTF sur le plan financier.

Une déclaration forte pour une Fédération qui vient pourtant d’encaisser l’une des plus importantes recettes exceptionnelles de son histoire récente.

Le Mondial a rapporté 23 millions, mais surtout permis de réparer le passé

La participation tunisienne à la Coupe du monde 2026 aurait généré environ 23 millions de dinars de revenus pour la FTF.

Sur le papier, la somme est considérable. Dans les faits, elle aura surtout servi à remettre de l’ordre dans les comptes.

Avant le Mondial, la Fédération traînait près de 16 millions de dinars de dettes. Selon les chiffres avancés par Bessamra, environ les deux tiers des revenus provenant de la Coupe du monde ont ainsi été consacrés à l’assainissement financier.

La FTF aurait notamment mobilisé 2,6 millions de dinars pour régler les primes dues aux arbitres.

Après ces différents paiements, son passif serait désormais ramené à un peu plus de 4,5 millions de dinars.

La progression est importante, mais elle révèle également la fragilité du modèle.

Les 23 millions de dinars encaissés grâce au Mondial ne constituent pas 23 millions de dinars disponibles pour investir dans le développement du football tunisien. Une grande partie de cet argent a simplement servi à payer des engagements accumulés durant les exercices précédents.

Autrement dit, le Mondial 2026 a davantage financé le passé de la FTF que son avenir.

Et c’est précisément pour cette raison que l’avertissement de Bessamra prend une autre dimension.

Après l’argent du Mondial, le vrai problème commence

Une Coupe du monde constitue une source de revenus exceptionnelle. Elle ne revient pas chaque saison et reste directement dépendante de la qualification de la sélection nationale.

Les dépenses de la Fédération, elles, continuent chaque année.

Salaires des staffs techniques, compétitions, arbitrage, déplacements, administration, sélections de jeunes ou encore fonctionnement des structures fédérales représentent des charges récurrentes.

D’où cette interrogation centrale : quels revenus remplaceront demain les millions encaissés grâce au Mondial ?

Pour la nouvelle direction fédérale, le défi ne consiste donc plus seulement à réduire la dette.

Il s’agit désormais de bâtir un modèle économique capable de financer durablement la Fédération sans attendre une qualification à une grande compétition pour retrouver de l’oxygène.

C’est à cette lumière qu’il faut comprendre l’expression utilisée par Bessamra lorsqu’il évoque des années financièrement « sombres et difficiles ».

Des sponsors importants, mais pas toujours du cash

La structure des partenariats commerciaux de la Fédération donne également une indication sur les limites du modèle actuel.

La FTF dispose de plusieurs sponsors et partenaires majeurs, mais leurs contributions ne prennent pas toutes la forme de versements financiers directs.

  • La Cigale Hotel, par exemple, fournirait environ 1 000 nuitées à la Fédération.
  • Tunisair mettrait à disposition un nombre déterminé d’heures de vol permettant de couvrir une partie des déplacements des différentes sélections.
  • MG Motors, intervient comme partenaire de mobilité.
  • Sicam, en revanche, apporterait directement une contribution financière en cash.
  • Carrefour Tunisie, figure également parmi les partenaires de l’instance fédérale, aux côtés de plusieurs autres marques.

Ces accords ont évidemment une valeur économique réelle. Chaque nuitée, déplacement ou véhicule pris en charge représente une dépense que la FTF n’a pas à supporter.

Mais une économie de charges n’est pas totalement équivalente à une rentrée de trésorerie.

Et pour une Fédération qui doit payer chaque mois des salaires, des prestataires, des primes et différentes charges opérationnelles, la capacité à augmenter la part de sponsoring réellement encaissée en cash sera déterminante.

La sélection tunisienne reste pourtant l’une des propriétés sportives les plus puissantes du pays.

C’est donc aussi sur sa capacité à mieux monétiser la marque « Aigles de Carthage » que se jouera une partie de l’avenir financier de la FTF.

Les clubs doivent également de l’argent à la Fédération

La situation financière de la FTF ne peut toutefois pas être lue uniquement à travers son niveau d’endettement.

La Fédération possède également des créances importantes auprès des clubs tunisiens.

Selon Bessamra, seuls quelques clubs seraient aujourd’hui totalement à jour vis-à-vis de l’instance fédérale : l’Espérance Sportive de Tunis, l’US Ben Guerdane, la JS Omrane, l’AS Marsa et l’ES Zarzis.

Les autres conserveraient, à différents niveaux, des engagements financiers envers la Fédération.

La FTF se retrouve donc dans une situation assez particulière : elle doit encore plusieurs millions de dinars, tout en ayant elle-même de l’argent à récupérer.

Le recouvrement de ces créances devient dès lors un autre levier d’assainissement.

Mais l’exercice est délicat dans un football tunisien où de nombreux clubs sont eux-mêmes confrontés à de profondes difficultés de trésorerie.

La fragilité financière ne concerne donc pas uniquement la Fédération. Elle touche une large partie de l’écosystème.

Lamouchi : une version contestée par les informations de SportBusiness

Lors de son intervention, Belhassen Bessamra a également évoqué une créance dépassant les 500 000 dinars concernant Sabri Lamouchi et son ancien staff. Les informations recueillies par SportBusiness.tn diffèrent toutefois de cette version.

Selon nos informations, Sabri Lamouchi aurait perçu environ 260 000 dinars et son contrat aurait été résilié à l’amiable avec la Fédération tunisienne de football.

Il ne subsisterait donc pas une créance dépassant 500 000 dinars telle qu’évoquée lors de l’émission.

Une différence loin d’être anodine dans un contexte où chaque engagement financier de la Fédération est désormais scruté.

Elle rappelle surtout la nécessité d’une communication extrêmement précise sur les contrats et obligations de la FTF.

À ce niveau, 500 000 dinars ne peuvent pas être traités comme une simple approximation.

Chaâbani, un staff à environ 200 000 dinars par mois

Après le départ de Lamouchi, la FTF a décidé de confier un nouveau cycle de quatre ans à Mouine Chaâbani. Le nouveau sélectionneur devrait percevoir environ 150 000 dinars par mois.

En intégrant l’ensemble de son staff, le coût global pour la Fédération devrait se situer autour de 200 000 dinars mensuels. Cela représente environ 2,4 millions de dinars sur une saison complète.

Et si la structure reste identique pendant quatre ans, l’engagement théorique peut approcher les 9,6 millions de dinars.

Ce montant permet également de mieux comprendre les inquiétudes exprimées par Bessamra sur les finances futures de la FTF.

Chaâbani aurait pourtant accepté un effort financier important pour rejoindre la sélection.

Le technicien tunisien aurait notamment renoncé à une proposition de la sélection libyenne avoisinant les 120 000 dollars, tandis que sa rémunération au Maroc tournait autour de 60 000 dollars.

Son contrat comportait également une clause de départ représentant quatre salaires, soit environ 240 000 dollars.

Une intervention de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football, aurait finalement facilité son départ sans que la FTF ne supporte cette indemnité.

L’opération reste donc financièrement avantageuse pour la Fédération.

Mais elle crée malgré tout une charge fixe importante pour les quatre prochaines années.

13 membres fédéraux sur 15 présents au Mondial

La première prise de parole post-Mondial a également permis de mettre en lumière un autre chiffre : 13 des 15 membres du bureau fédéral auraient accompagné la délégation tunisienne lors de la Coupe du monde 2026.

Le nombre ne permet pas, à lui seul, de déterminer ce que ce déplacement a réellement coûté à la Fédération, certaines dépenses pouvant être prises en charge dans le cadre de l’organisation du tournoi.

Mais dans une période où l’instance fédérale affirme elle-même que des années difficiles l’attendent, la question de la maîtrise des dépenses institutionnelles devient inévitable.

Car l’assainissement financier ne dépend pas uniquement des grandes recettes.

Il se construit aussi sur la capacité à contrôler chaque poste de dépense.

Un derby de Supercoupe à mieux valoriser

Sur le terrain sportif, la prochaine Supercoupe de Tunisie opposera le Club Africain, champion de Tunisie, à l’Espérance Sportive de Tunis, vainqueur de la Coupe.

La rencontre est annoncée pour le 31 janvier 2027, même si le lieu n’a pas encore été définitivement arrêté.

Au-delà de l’affiche sportive, ce derby représente aussi une opportunité commerciale importante pour la FTF.

Une rencontre entre les deux clubs de la capitale peut générer de la billetterie, de l’audience, du sponsoring, de l’hospitalité et une très forte exposition digitale.

La question sera donc de savoir si la Fédération traitera cette Supercoupe comme un simple match du calendrier ou comme un véritable produit événementiel capable de générer des revenus supplémentaires.

Après Kappa, Puma en embuscade

Autre dossier potentiellement stratégique : le contrat de l’équipementier. L’accord liant Kappa à la Fédération doit prendre fin en décembre 2026. Et les discussions pour l’après-Kappa semblent déjà engagées.

Belhassen Bessamra a laissé entendre l’existence de contacts avec Puma, ancien équipementier des Aigles de Carthage.

La marque allemande bénéficie d’un capital émotionnel particulier en Tunisie puisqu’elle équipait la sélection lors de la CAN 2004, seule Coupe d’Afrique des Nations remportée par les Aigles de Carthage.

Mais plus de vingt ans après ce titre, le dossier ne pourra pas être traité uniquement sous l’angle de la nostalgie.

Le futur contrat devra être analysé à travers sa valeur économique : montant fixe, dotations, royalties sur les ventes, distribution des maillots, merchandising et exploitation commerciale de l’image de la sélection.

Pour une Fédération qui cherche de nouvelles sources de revenus récurrents, le prochain équipementier est avant tout un actif commercial.

La FTF a gagné du temps, pas encore son indépendance financière

Les chiffres dévoilés ces derniers jours montrent finalement une Fédération dans une situation paradoxale.

Elle vient d’encaisser 23 millions de dinars grâce à la Coupe du monde et a réduit fortement son niveau d’endettement.

Mais dans le même temps, elle sait déjà que cette manne exceptionnelle ne suffira pas à financer les prochaines années.

Le nouveau staff de la sélection représente environ 200 000 dinars par mois. Les charges de fonctionnement persistent. Plusieurs partenaires apportent davantage de prestations que de cash. Et la Fédération doit encore améliorer le recouvrement de ses créances et développer ses revenus commerciaux.

Le chantier dépasse donc largement la comptabilité.

Il s’agit désormais de transformer la FTF en une organisation capable de générer des revenus récurrents à travers le sponsoring, le merchandising, les droits commerciaux, l’équipementier, les événements, l’hospitalité et la valorisation de la marque Équipe de Tunisie.

La Coupe du monde 2026 a offert à la Fédération une occasion de solder une partie de son passé. Elle ne lui garantit pas son avenir.

Et lorsque l’un de ses propres dirigeants prévient que des années « sombres et difficiles » arrivent sur le plan financier, le message mérite d’être pris au sérieux.

 

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