Real Madrid, Barça, Juventus : Académies privées : qui fixe vraiment les règles du jeu en Tunisie ?

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Real Madrid Foundation, Barça, Juventus, Genoa… En quelques mois, les académies internationales ont changé d’échelle en Tunisie. Dans les deux premiers épisodes de notre trilogie, SportBusiness a regardé le marché puis le business. Reste maintenant la question que personne ne peut éternellement laisser sur le banc : quand des structures privées accueillent des centaines d’enfants sous les couleurs de clubs étrangers, qui fixe réellement les règles du jeu ?

À Tunis, il suffit désormais de quelques kilomètres pour passer symboliquement de Madrid à Barcelone, puis de Turin à Gênes. Le maillot change. Le logo aussi. Le terrain, lui, reste tunisien. Les enfants aussi.

Et pendant que les grandes marques européennes trouvent progressivement leur place dans le paysage, une question finit forcément par arriver :

qui regarde vraiment ce qui se passe derrière l’écusson ?

Parce qu’une Academy, ce n’est pas uniquement un nom prestigieux posé sur une bâche. C’est une entreprise qui accueille des mineurs, des entraîneurs, des terrains, des assurances, des parents qui paient, parfois des voyages à l’étranger et, dans certains cas, des promesses plus ou moins explicites de détection. Autrement dit, beaucoup de monde sur le terrain. Mais pas toujours un arbitre clairement identifié.

Dans le premier épisode de cette trilogie, nous analysions l’émergence de ce nouveau marché en Tunisie.

À lire :


Real Madrid, Barça, Juventus, Genoa : la Tunisie devient un marché pour les académies européennes

Dans le deuxième épisode, nous avons suivi l’argent : tarifs, camps, licences, voyages et monétisation des marques.

À lire :


Real Madrid, Barça, Juventus : comment les académies transforment leur marque en business mondial

Pour ce dernier volet, place aux règles.

Non, la Tunisie n’est pas le Far West

Commençons par éviter un raccourci facile. Dire qu’il n’existe aucun cadre serait faux.

La Tunisie dispose depuis longtemps de textes qui encadrent les activités sportives privées, les centres de formation, l’utilisation des infrastructures et la qualification des techniciens.

La loi tunisienne prévoit notamment que certaines structures privées exerçant dans les sports collectifs doivent respecter un cahier des charges et confier l’encadrement des pratiquants à des techniciens qualifiés.

Il existe également une procédure administrative pour la création de centres privés de stages et de formation sportive, avec des informations à fournir sur les activités, les publics concernés, les moyens financiers ou encore les infrastructures utilisées.

Donc non, on n’ouvre pas théoriquement une académie de football comme on ouvre une boutique de téléphones.

Seulement voilà.

Ces règles ont été pensées avant que le mot Academy ne devienne un produit international à part entière.

Avant qu’une société tunisienne puisse proposer à un enfant une méthodologie développée à Turin, un maillot estampillé Barça, un tournoi à Madrid et, éventuellement, un séjour à l’étranger.

Le cadre existe. Mais le marché a changé plus vite que lui.

Et la FTF dans tout ça ?

Sur le papier, la Fédération Tunisienne de Football dispose pourtant d’un terrain de jeu très large. Ses statuts lui donnent notamment pour mission de promouvoir, contrôler et réglementer le football sur l’ensemble du territoire tunisien.

Ils rappellent également que les personnes et organisations impliquées dans le football doivent respecter les règlements de la FIFA, de la CAF et de la Fédération.

Autrement dit, une académie privée qui fait jouer au football plusieurs centaines d’enfants n’évolue pas exactement sur une autre planète.

Mais entre une compétence générale inscrite dans des statuts et un système visible de contrôle des académies privées, il existe encore un espace.

Aujourd’hui, un parent tunisien peut assez facilement connaître le prix d’une inscription. Il peut consulter les horaires. Voir le maillot. Suivre la page Instagram.

Il est beaucoup plus difficile de savoir s’il existe un registre officiel facilement accessible des académies privées, un label fédéral, un classement des structures reconnues ou un référentiel unique indiquant clairement les standards exigés.

Et c’est probablement là que commence le vrai sujet.

La FIFA, elle, a déjà pensé aux mineurs

Le sujet devient encore plus intéressant lorsqu’on quitte Tunis quelques secondes pour regarder du côté de Zurich. La FIFA prévoit déjà des dispositions spécifiques concernant les mineurs fréquentant des académies.

Son règlement sur le statut et le transfert des joueurs prévoit que les associations nationales doivent notamment demander aux académies privées présentes sur leur territoire de déclarer les mineurs qu’elles accueillent.

Ces informations doivent permettre de tenir un registre des jeunes concernés et d’assurer leur protection. L’idée est assez logique.

À partir du moment où une structure accueille régulièrement des enfants pour une activité footballistique organisée, elle ne peut pas simplement disparaître derrière son statut privé.

Le problème n’est donc pas tellement de savoir si une règle existe.

La vraie question est :

comment est-elle appliquée concrètement en Tunisie ?

Les listes de jeunes sont-elles centralisées ? À quelle fréquence ? Par qui ? Selon quelle procédure ?

Et surtout : les parents le savent-ils ?

Les informations publiques disponibles ne permettent pas aujourd’hui de répondre facilement à ces questions.

Ce qui ne signifie pas que rien n’est fait.

Mais dans un marché qui se professionnalise, l’absence de visibilité finit elle-même par devenir un sujet.

Un grand logo ne devrait jamais remplacer une règle

C’est probablement l’un des effets les plus intéressants de l’arrivée des grandes marques européennes.

Lorsqu’un parent voit Real Madrid, Barça ou Juventus sur une affiche, il associe naturellement le logo à un certain standard.

C’est humain. Un écusson connu rassure. Il donne le sentiment qu’il existe derrière le terrain une grande organisation, une méthode, des contrôles et une structure solide.

Peut-être est-ce effectivement le cas. Mais ce n’est pas à la marque de remplacer le régulateur.

Les mêmes questions devraient pouvoir être posées à tout le monde.

Qui entraîne les enfants ? Avec quels diplômes ? Combien d’enfants pour un éducateur ? Quelle couverture d’assurance ? Quel suivi médical ? Qui valide les infrastructures ?

Que signifie exactement le mot « détection » lorsqu’il apparaît dans une communication ?

Et que se passe-t-il si le partenariat avec le club étranger s’arrête en cours de saison ?

Ce ne sont pas des questions dirigées contre les Academies internationales.

Ce sont simplement les questions normales d’un marché qui commence à devenir sérieux.

Au Maroc, la fédération a sorti le carton

De l’autre côté du Maghreb, la situation a pris une direction nettement plus radicale.

En août 2026, la Fédération Royale Marocaine de Football a décidé de remettre de l’ordre dans le secteur des académies privées.

D’abord avec un nouveau référentiel national destiné à encadrer la création, la reconnaissance et la labellisation des structures.

Les ligues régionales doivent contrôler les critères de conformité, les infrastructures, l’encadrement et plusieurs éléments liés à l’organisation.

Puis, deux jours plus tard, la FRMF est allée beaucoup plus loin.

Les académies et écoles privées ne doivent plus adopter le nom d’un club étranger, y compris lorsqu’elles disposent d’un partenariat avec celui-ci.

En résumé : le Real, le Barça ou la Juve peuvent toujours faire rêver.

Mais plus question de poser leur enseigne sur une école privée comme si le sujet ne concernait que les deux parties au contrat.

La décision est forte. Et forcément discutée.

Le Maroc veut reprendre la main sur sa formation

Il serait cependant trop facile de réduire cette décision à une simple guerre contre les marques étrangères. La justification officielle marocaine est ailleurs.

Elle concerne la structuration de la formation nationale, l’autonomie des académies privées et leur intégration dans la stratégie globale du football marocain.

Autrement dit, la FRMF pose une question très politique au sens sportif du terme :

qui doit maîtriser la formation des jeunes joueurs sur le territoire national ?

Et cette question n’est pas née en août 2026.

Le Maroc disposait déjà d’un cadre dans lequel les centres privés doivent présenter leurs installations, leurs encadrants, leurs assurances, leurs catégories d’âge et plusieurs garanties administratives.

La fédération intervient également dans certaines procédures d’agrément.

Le nouveau dispositif ajoute donc une couche supplémentaire : une logique spécifiquement footballistique, plus lisible, plus centralisée et beaucoup plus assumée.

En Tunisie, les briques existent.

Au Maroc, elles commencent à former un mur.

Faut-il copier le Maroc ? Pas forcément

Ce serait peut-être la conclusion la plus facile. Le voisin a réglementé ? Faisons pareil.

Mais le football mérite parfois mieux que les copier-coller. Interdire l’utilisation des marques étrangères n’est pas la seule façon d’organiser le marché.

Et l’arrivée des grands clubs européens peut aussi produire des effets positifs.

Formation des éducateurs. Méthodologies différentes. Nouveaux standards de service. Investissements privés. Expériences internationales.

Et, surtout, une pression concurrentielle qui oblige tout le monde à s’améliorer.

Le problème n’est donc pas nécessairement le Barça ou la Juventus.

Le problème serait plutôt de laisser se développer un marché sans définir précisément ce que l’on attend de ses acteurs.

La Tunisie pourrait très bien choisir une autre voie.

Pas celle de l’interdiction.

Celle de la labellisation.

Une Academy internationale n’est pas une école de football comme les autres

Un futur référentiel pourrait d’abord mettre un peu d’ordre dans les mots.

Parce qu’aujourd’hui, sous le terme « académie », on peut trouver à peu près tout.

Une petite école de quartier.

Une structure privée premium.

Une Academy sous licence internationale.

L’école payante d’un grand club tunisien.

Ou un véritable centre de formation intégré aux catégories compétitives d’un club.

Pour un parent, les mots se ressemblent.

Sportivement, ils ne racontent pourtant pas du tout la même histoire.

Une classification claire permettrait déjà de répondre à une question très simple :

qu’est-ce que j’achète exactement lorsque j’inscris mon enfant ?

La transparence peut devenir le meilleur régulateur

Il n’est pas nécessaire d’écrire cent pages de règlement pour améliorer un marché.

Quelques informations obligatoires pourraient déjà changer beaucoup de choses.

Qui exploite juridiquement l’Academy ?

Quel est son lien exact avec le club étranger ?

Combien d’entraîneurs ont été formés par celui-ci ?

À quelle fréquence des techniciens étrangers viennent-ils réellement contrôler le programme ?

Les enfants participent-ils aux compétitions fédérales ?

Existe-t-il une vraie procédure de détection ?

Et surtout, que se passe-t-il pour les familles si le partenariat s’arrête ?

Cette dernière question n’est pas théorique.

Au Maroc, les Barça Academies de Rabat et Casablanca ont cessé leurs activités en mai 2026, quelques années seulement après leur lancement.

La fermeture est antérieure aux nouvelles décisions de la Fédération marocaine et ne doit donc pas leur être attribuée.

Mais elle rappelle quelque chose d’important :

une licence internationale n’est jamais éternelle.

Et puis il y a ce mot : scouting

Peut-être le plus puissant de tous. Détection. Sélection. Opportunité internationale.

Quelques mots suffisent parfois à transformer complètement la perception d’un parent.

Parce que derrière eux se cache un rêve très simple : celui de voir son enfant partir un jour en Europe.

Or, comme nous l’avons montré dans le premier épisode, une Academy internationale n’est pas le centre de formation européen dont elle porte le nom. Participer à un camp n’est pas être recruté.

Être observé lors d’un tournoi n’est pas intégrer La Masia. Prendre l’avion pour Turin n’est pas signer à la Juventus. Cela ne rend pas ces expériences inutiles.

Mais les mots devraient correspondre précisément à la réalité.

À mesure que ce marché grandit, la communication autour du scouting méritera probablement elle aussi des règles plus claires.

Et si le vrai sujet était finalement ailleurs ?

Après trois épisodes, une question revient toujours.

Pourquoi les parents tunisiens se tournent-ils vers ces Academies ?

La réponse ne tient pas seulement à la fascination pour les grands clubs européens.

Elle dit aussi quelque chose du marché local.

Les familles veulent des horaires respectés. Des terrains corrects. Des entraîneurs formés. Un suivi. Une communication professionnelle. Des expériences.

Et elles sont parfois prêtes à payer plusieurs milliers de dinars par an pour l’obtenir.

C’est peut-être le message le plus important envoyé par le succès de ces nouvelles structures.

La FTF peut réglementer.

L’État peut contrôler.

Les clubs étrangers peuvent apporter leur savoir-faire.

Mais le défi le plus important reste tunisien :

faire de la formation locale elle-même une marque de confiance.

Le marché, le business… et maintenant les règles

Au début de cette trilogie, il était question de quelques logos européens apparus sur les terrains tunisiens.

Trois épisodes plus tard, le sujet est devenu beaucoup plus large.

Nous avons d’abord découvert un marché. Puis un business. Et enfin une question de gouvernance.

Les marques internationales sont arrivées. Les opérateurs privés aussi. Les familles ont répondu présent.

Le football des enfants devient progressivement une industrie.

Il serait donc assez logique que son cadre évolue lui aussi.

Pas nécessairement pour fermer la porte au Barça, au Real Madrid ou à Juventus.

Mais pour savoir ce que la Tunisie exige de ceux qui utilisent ces noms sur ses terrains.

Parce qu’une fois les logos, les licences, les contrats et les business models rangés au vestiaire, il reste finalement quelque chose de beaucoup plus simple.

Des enfants qui viennent jouer au football.

Et pour eux, au moins, les règles devraient être claires.

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