SportBusiness a obtenu le tableau de répartition des droits TV de la Ligue 1 pour la saison 2025/2026. L’enveloppe globale s’élève à 3,216 millions de dinars, répartis entre les seize clubs du championnat.
Le Club Africain, champion de Tunisie, arrive en tête avec 246 000 DT, suivi de l’Espérance Sportive de Tunis (240 000 DT) et du Club Sportif Sfaxien (234 000 DT).
Au-delà des montants, le document révèle surtout la mécanique économique qui détermine la rémunération audiovisuelle des clubs tunisiens. Une mécanique reposant sur deux paramètres : une allocation fixe et une prime liée au classement sportif.
Le tableau exclusif des droits TV de la Ligue 1 2025/2026
| Rang | Club | Base fixe (DT) | Bonus (DT) | Total droits TV (DT) |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Club Africain | 150 000 | 96 000 | 246 000 |
| 2 | Espérance de Tunis | 150 000 | 90 000 | 240 000 |
| 3 | CS Sfaxien | 150 000 | 84 000 | 234 000 |
| 4 | Stade Tunisien | 150 000 | 78 000 | 228 000 |
| 5 | US Monastir | 150 000 | 72 000 | 222 000 |
| 6 | ES Zarzis | 150 000 | 66 000 | 216 000 |
| 7 | Étoile du Sahel | 150 000 | 60 000 | 210 000 |
| 8 | ES Métlaoui | 150 000 | 54 000 | 204 000 |
| 9 | JS El Omrane | 150 000 | 48 000 | 198 000 |
| 10 | US Ben Guerdane | 150 000 | 42 000 | 192 000 |
| 11 | AS Marsa | 150 000 | 36 000 | 186 000 |
| 12 | CA Bizertin | 150 000 | 30 000 | 180 000 |
| 13 | Olympique de Béja | 150 000 | 24 000 | 174 000 |
| 14 | JS Kairouanaise | 150 000 | 18 000 | 168 000 |
| 15 | AS Soliman | 150 000 | 12 000 | 162 000 |
| 16 | AS Gabès | 150 000 | 6 000 | 156 000 |
| TOTAL | 2 400 000 | 816 000 | 3 216 000 | |
Source : tableau « Répartition droits TV 2025/2026 » obtenu par SportBusiness.
Un championnat, 30 journées et seulement 6 700 dinars par match
Rapportée aux seize clubs, l’enveloppe représente une moyenne de 201 000 DT par équipe et par saison.
Avec trente rencontres disputées par club, cela correspond à un équivalent théorique de 6 700 DT par match.
Pour le Club Africain, champion de Tunisie, cette moyenne atteint 8 200 DT. Elle s’établit à 8 000 DT pour l’Espérance et descend à 5 200 DT pour l’AS Gabès.
Ces montants ne constituent pas un prix réellement payé à chaque rencontre. Ils résultent de la division des allocations annuelles par les trente journées disputées.
Mais ils permettent de mesurer l’importance relative des droits télévisuels dans l’économie d’un club professionnel.
À titre de comparaison, les 228 000 DT attribués au Stade Tunisien représentent environ 2,7 % des 8,37 millions de dinars de revenus annuels identifiés dans les comptes du club précédemment analysés par SportBusiness.
Dans les grandes ligues européennes, l’audiovisuel occupe une place autrement plus importante.
Selon Deloitte, les recettes audiovisuelles représentaient environ 50 % des revenus cumulés des clubs de Serie A, 41 % en Espagne et 32 % en Ligue 1 française lors de la saison 2024/2025.
Ces données englobent également des revenus liés aux compétitions internationales et ne sont donc pas directement comparables aux seules allocations du tableau tunisien.
Elles illustrent néanmoins une différence structurelle : dans les grandes économies du football, les droits audiovisuels constituent l’un des principaux moteurs de financement des clubs.
En Tunisie, leur contribution apparaît encore très limitée.
6 000 dinars pour une place : quelle récompense pour la performance ?
La mécanique de redistribution présentée dans le document est particulièrement révélatrice.
Chaque club reçoit une base identique de 150 000 DT. À cette somme s’ajoute un bonus qui augmente de 6 000 DT à chaque place gagnée au classement.
Ainsi, le champion reçoit 96 000 DT de bonus, le vice-champion 90 000 DT et le dernier 6 000 DT.
Résultat : après trente journées de compétition, le titre de champion ne génère que 6 000 DT supplémentaires de droits TV par rapport à une deuxième place.
Le document ne fait apparaître aucune prime spécifique au sacre en dehors de cette progression linéaire. Il ne permet toutefois pas d’exclure l’existence d’autres récompenses financières distinctes.
Autre constat : 74,6 % de l’enveloppe est distribuée de manière égalitaire. La performance sportive n’intervient que dans les 25,4 % restants.
La solidarité financière entre les clubs n’a rien d’anormal. Elle constitue même un principe fondamental de nombreux championnats professionnels.
Mais ailleurs, cette solidarité s’accompagne de mécanismes destinés à récompenser la performance et la contribution des clubs à la valeur du produit télévisuel.
La Premier League anglaise, par exemple, répartit ses droits domestiques selon trois critères : 50 % à parts égales, 25 % selon le classement et 25 % selon la diffusion télévisuelle des rencontres.
Le modèle tunisien présenté dans le tableau ne prévoit aucun critère explicitement lié à l’audience, à la fréquence de diffusion ou à l’attractivité commerciale des clubs.
Un championnat professionnel doit-il uniquement répartir les revenus disponibles, ou également rémunérer ceux qui contribuent le plus à leur création ?
Club Africain–Djoliba : quand un seul match révèle un autre potentiel économique
Un exemple récent donne une tout autre dimension à cette interrogation.
Le 5 septembre 2026, lors de la réception de Djoliba AC en Ligue des champions africaine, le Club Africain a expérimenté une commercialisation digitale directe de sa rencontre.
Selon les chiffres précédemment rapportés par SportBusiness, 28 406 accès payants auraient été enregistrés sur la plateforme All4One, au prix de 10 DT l’unité.
Soit un chiffre d’affaires brut potentiel de 284 060 DT pour une seule rencontre.
À lui seul, ce montant dépasse de 15,5 % les 246 000 DT attribués au Club Africain dans le tableau des droits TV pour l’ensemble de sa saison nationale.
Il faut naturellement distinguer chiffre d’affaires brut et revenu net. Les coûts techniques, commissions, taxes et frais de production réduisent les sommes réellement disponibles. Par ailleurs, une rencontre africaine exceptionnelle ne constitue pas une référence représentative de tous les matchs de Ligue 1.
Mais le signal commercial est difficile à ignorer.
Ce match a montré qu’une communauté de supporters pouvait être disposée à payer directement pour accéder à un contenu sportif exclusif.
Et cette disposition à payer représente une donnée économique essentielle dans un marché audiovisuel en transformation.
La vraie faiblesse est-elle dans la redistribution ou dans la commercialisation ?
Le débat ne peut cependant pas se limiter à la répartition de 3,216 millions de dinars.
Il doit également porter sur la capacité du football tunisien à produire davantage de revenus audiovisuels.
Dans une précédente analyse publiée le 5 octobre 2026, SportBusiness avait identifié environ 8,83 millions de dinars par saison pour les principaux contrats audiovisuels, en intégrant la Télévision tunisienne, Diwan Sport et Al Kass.
Ce montant couvre plusieurs catégories de droits, dont le périmètre ne correspond pas nécessairement à celui du tableau de redistribution. Il serait donc incorrect de considérer automatiquement la différence comme une somme retenue au détriment des clubs.
L’enjeu est ailleurs.
La valeur d’un droit télévisuel dépend de la capacité du diffuseur à transformer son audience en revenus : espaces publicitaires, sponsoring d’émissions, partenariats commerciaux, abonnements ou accès payants.
Dans ce contexte, le modèle de commercialisation de la Télévision nationale mérite d’être interrogé.
Combien de spots publicitaires sont réellement vendus autour des rencontres de Ligue 1 ? À quel prix net ? Avec quel taux de remplissage ? Et quelle part des recettes provient spécifiquement du football ?
Ces indicateurs permettraient de comprendre si les montants payés pour les droits reflètent le potentiel réel du championnat ou les limites actuelles de son exploitation commerciale.
Car une audience importante ne garantit pas, à elle seule, une rentabilité publicitaire.
La télévision gratuite reste un instrument majeur d’accessibilité populaire. Mais la progression des plateformes spécialisées et les premières expériences de paiement par match ouvrent la voie à des modèles hybrides, associant diffusion gratuite, publicité et offres digitales payantes.
Le défi n’est pas nécessairement de remplacer la télévision par le pay-per-view.
Il est de déterminer quelle combinaison permettrait de maximiser la valeur économique du football tunisien sans éloigner les supporters de leur championnat.
Le football tunisien doit-il revoir sa chaîne de valeur ?
Le tableau obtenu par SportBusiness.tn met des chiffres précis sur un problème économique plus large.
D’un côté, des clubs professionnels confrontés à des charges croissantes et à la nécessité de diversifier leurs revenus.
De l’autre, une redistribution audiovisuelle qui attribue en moyenne 201 000 DT par club, sans mécanisme apparent de valorisation de l’audience et avec un écart de seulement 6 000 DT entre deux positions successives.
La question dépasse désormais le montant des droits TV.
Elle concerne la qualité du produit sportif, la capacité commerciale des diffuseurs, la valorisation des audiences, le partage des revenus et la place du digital dans le financement des clubs.
Avant de se demander comment partager davantage d’argent, le football tunisien doit peut-être commencer par se demander comment en générer davantage.
Car le véritable enjeu n’est pas uniquement de mieux répartir les 3,216 millions de dinars existants.
C’est de construire un championnat capable de valoir beaucoup plus.
Sources et références
- SportBusiness — Document exclusif : tableau « Répartition droits TV 2025/2026 », comprenant les allocations de base, les primes de classement et les montants par club.
- SportBusiness — Football tunisien : le vrai prix des droits TV, 5 octobre 2026.
- SportBusiness — Stade Tunisien : 8,37 millions de dinars de revenus, mais quel modèle après Ayari ?, 29 septembre 2026.
- SportBusiness — Après 28 406 accès payants à l’aller, Diwan Sport mise sur Djoliba–Club Africain, 11 septembre 2026.
- Deloitte — Annual Review of Football Finance 2026, données de la saison 2024/2025.
- Premier League — Finance : distribution des revenus audiovisuels.
- FTF — Règlements sportifs, édition juillet 2025, organisation de la Ligue 1 professionnelle.
- TAP — Club Africain, champion de Tunisie 2025/2026, 10 mai 2026.
Note méthodologique : les données de répartition proviennent du document exclusif obtenu par SportBusiness. Les calculs par rencontre sont des équivalents arithmétiques. Les comparaisons internationales utilisent des périmètres de revenus plus larges et visent uniquement à contextualiser les modèles économiques.
